Paroles d'anciens : André CHOURAQUI (Pavillon Agronomique - 1934)

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André CHOURAQUI
Ancien résident du Pavillon Agronomique de 1934 à 1938
Un militant du dialogue entre cultures.
Entretien réalisé sur Internet, Paris – Jérusalem. Janvier 2005.

Venu d'Algérie pour faire ses études de droit à Paris, passionné par l'histoire des Religions, André CHOURAQUI se plonge également dans l'étude des écrits religieux. Il consacrera plusieurs années de sa vie à la traduction de la Bible et du Coran en français. Toujours en marge du monde politique il fut Conseiller, à titre bénévole, de David BEN GOURRION pour les questions d'intégration et d'éducation et fut sollicité pour occuper les plus hautes fonctions mais qu’il refusa.

« Je n'ai gardé que de très bons souvenirs de mon passage à la Cité. Ce fut pour moi une période très positive et constructive. »  

Quels souvenirs conservez-vous de votre passage à la Cité internationale entre 1934 et 1938 ? Le campus illustrait-il vraiment ses idéaux de fraternité entre les peuples, ou la monté des fascismes et du racisme en Europe commençait à le toucher ? 

Je n'ai gardé que de très bons souvenirs de mon passage à la Cité. Ce fut pour moi une période très positive et constructive. Personnellement, pendant cette période je n'ai ressenti aucun désagrément dû à la montée du fascisme et du racisme alors que je ne me cachais pas d'être juif. Nous vivions côte à côte, venant de tous les horizons géographiques, culturels et religieux, sans nous poser de grands problèmes. Les idéaux de fraternité entre les peuples, nous les vivions au quotidien sans nous en apercevoir ou sans y prêter attention, nous étions surtout occupés à mener à bien nos études.

 Dans votre riche œuvre, vous traitez beaucoup du dialogue entre religions. Pourquoi avoir choisi ce thème?

Le thème du dialogue entre les religions m'a été inspiré par mon enfance en Algérie où les juifs les chrétiens et les musulmans se côtoyaient dans trois ghettos fermés, ne connaissant rien les uns des autres. Cela m'a poussé à rechercher ce que nous avions en commun plutôt que ce qui nous séparait. Cela m'a conduit à traduire les trois livres sacrés, la Bible, le Nouveau Testament et le Coran, dans l'espoir que les lecteurs des trois religions monothéistes s'aperçoivent qu'ils disent à peu près la même chose, dans un même but d'amour du prochain et de son Créateur, soumis aux mêmes Dix Commandements ! Il y a encore du chemin à parcourir…

 De nombreux jeunes se détournent des croyances religieuses parallèlement à d'autres quise laissent séduire par des idées extrémistes. Malraux laissait entendre que le "Le XXle siècle sera religieux ou ne sera pas". Estimez-vous que le siècle prendra finalement de manière aussi catégorique l’une ou l'autre de ces directions ?

Je pense que cas deux tendances continueront à exister, mais je souhaite que la spiritualité, qui se situe au-delà des religions, l'emporte. Nous vivons dans un univers de plus en plus global et menacé alors que les facilités de communications de plus en plus grandes devraient servir à propager les idéaux de paix, de fraternité et d'amour entre les hommes.

 Dans l'hypothèse où l'Etat palestinien serait créé et que ce dernier reconnaîtrait l'Etat d'Israël, compte tenu de la gravité des tensions historiques entre les deux peuples, plusieurs générations devront-elles passer avant d'envisager une coopération proche du modèle de l'Union Européenne ?

Je ne pense pas qu'il faille attendre plusieurs générations. Une fois la paix réelle signée, la confiance mutuelle retrouvée, la coopération entre les deux peuples se fera du jour au lendemain au grand bénéfice de chacun.

 De quoi rêvez-vous pour l'avenir de la région ?

Je rêve d'une paix globale, non seulement dans la région, d'une confédérationdes pays du Moyen-Orient avec libreéchange, libre circulation. C'est une utopie qui se réalisera, je le souhaite et l'espère, dans un proche avenir.

Extrait des archives de l’Alliance Internationale..