"La Cité internationale me donne l’occasion de réaliser des échanges de connaissances et d’expériences" | Diego Paz

Diego Paz | Maison des Provinces de France

Peux-tu nous raconter ton parcours et ton arrivée à la Cité internationale ?

Je suis psychologue diplômé au Brésil, mon pays d’origine. En 2014, j’ai obtenu le titre de Maître en psychologie sociale de l'Université Fédérale du Pernambouc (UFPE). Depuis le début de mon master, je fais partie du Centre féministe pour la recherche sur le genre et les masculinités (Gema/UFPE). À partir de 2015, je suis devenu étudiant à l'École d'études supérieures de l'Université Catholique du Pernambouc (Unicap), dans le programme de doctorat en psychologie clinique, sous la direction de la Professeure Cristina Amazonas.

En 2016, j’ai été sélectionné parmi les doctorants de l’Unicap et j’ai obtenu une bourse du gouvernement brésilien, octroyée par la Fondation Capes, pour étudier pendant une période allant de six à douze mois dans un autre pays que le Brésil. Ensuite et parallèlement, en 2017, j’ai débuté mes études à l'Université Paris 8, en France, sous la codirection du Professeur Éric Fassin, ce qui m’a permis d’être rattaché au Laboratoire d’études de genre et de sexualité (LEGS). Ce qui m’a amené à la Cité Internationale.

Du fait de mon travail réalisé en France, je suis aujourd’hui dans le cadre d’une cotutelle de thèse entre les deux universités, qui me permettra d’avoir le titre de Docteur dans les deux pays en psychologie et études de genre. De plus, au début de cette année, j’ai été lauréat du Programme d’excellence Eiffel, une très prestigieuse bourse du gouvernement Français octroyée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour poursuivre des études de formation doctorale en France.

Je voudrais également souligner mon engagement dans diverses initiatives d'activisme politique, fondées sur la promotion des droits de l'homme et la justice sociale. Entre 2012 et 2017, j’ai intégré l’association Forum LGBT de Pernambuco, contribuant ainsi à la relation entre les mouvements sociaux et l'université, démontrant l'articulation indissociable entre la science et la politique dans nos pratiques de recherche, ainsi que l’importance de l'engagement afin de réduire les inégalités basées sur l’identité de genre ou l’orientation sexuelle.

Qu’est ce qui t’a motivé à intégrer la Cité internationale ?

Habiter à la Cité internationale me donne l’occasion de réaliser des échanges de connaissances et d’expériences qui ont lieu surtout dans les relations interpersonnelles avec des chercheur.se.s qui y habitent.

Ici, nous travaillons à coté de gens que nous connaissons. Même si la production académique est typiquement solitaire, quand tu vas à la bibliothèque tu sens que tu as des collègues de travail. C’est un espace aussi pour développer son réseau. En retour, mon profil académique et professionnel et mes études ajoutent de la valeur à la communauté universitaire de la Cité internationale.

À la Cité internationale, on utilise la langue française au quotidien, dans les nombreux espaces communs où ont lieu des moments de convivialité. Cela me permet de développer mes compétences linguistiques. De plus, il est toujours possible de rencontrer des gens et construire des nouveaux.elles ami.e.s, pour un moment donner ou pour toute la vie. Les personnes sont assez ouvertes et disponibles pour discuter. C’est mon « chez moi » parisien.

On peut compter aussi avec une équipe d’administration et de staff réactive et chaleureuse. Enfin, grâce aussi aux dynamiques comités des résidents des maisons, divers événements. On s’amuse !

On peut dire qu'à la Cité internationale ça bouge !

Quels sont tes projets et objectifs futurs ?

En étant un chercheur brésilien situé dans un centre de recherche français, j’espère continuer à contribuer à l’internationalisation de la science de mon pays et de la diversité culturelle de la France.

Je souhaite aussi que mon travail actuel de recherche ait des impacts sur le développement social du Brésil. Le thème de ma thèse est la violence, la discrimination et les préjugés fondés sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre, à savoir l'homophobie, une question urgente à régler dans notre pays. Bref, les résultats de ma recherche peuvent produire des critiques utiles dans la formulation des politiques publiques qui favorisent l'égalité de genre et dans le traitement de diverses expressions de la sexualité, et, en outre, promouvoir une société libre de l'oppression fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre.

Au niveau de ma propre réalisation personnelle, j’espère avoir un poste d’enseignant-chercheur en France et contribuer à la construction d’une formation supérieure basée sur une éthique qui respecte les droits humains.

Penses-tu que ton séjour à la Cité internationale soit un tremplin pour ton avenir ?

À la Cité internationale il y a des chercheur.se.s jeunes comme expérimenté.e.s dans tous les domaines et originaires des quatre coins du monde. Cela me permet de construire mon réseau professionnel en tant que chercheur international. Donc, oui, carrément.

Si tu devais résumer la Cité internationale en un mot, lequel choisirais-tu ?

Dans un sens diffèrent de celui auquel on est habitué, je choisis « frontière ». Je m’explique. Pour Guacira Lopes Louro, chercheuse brésilienne sur le genre et l’éducation, les frontières sont des endroits de contacts, de rencontres, de passages et de productions hybrides qui évoquent des relations. C’est ce sens que je donne à ce mot. Enfin, comme le dit aussi Léonora Miano, une femme de lettres franco-camerounaise, au lieu de l’utiliser comme une métaphore pour la rupture, je préfère les voir comme un endroit à habiter, habiter les frontières.